Archives de catégorie : Dispositifs

Le nombre du besoin

2019

106 affiches (120×80 cm), sérigraphie numérique, protocole d’affichage.

Le nombre du besoin est un ensemble d’affiches dont le nombre total correspond au nombre de jours entre le vernissage et la fermeture de l’exposition où la pièce est activée. Chaque affiche retrace les enjeux et le déroulé d’une grève différente ayant eu lieu entre le XIXème et le XXIème siècle, en Europe, Amérique, Asie, Afrique ou Océanie.

Pour Flextime au BBB centre d’art, 106 affiches sont présentées, une à une, en extérieur sur la colonne signalétique Fût, conçue par le designer Dominique Mathieu. Chaque jour, une nouvelle affiche est collée par-dessus celle de la veille, relatant une grève dont la durée correspond au nombre de jours restant jusqu’à la fin de l’exposition à ce moment-là. Ainsi, le soir du vernissage est affichée une grève dont la durée a été de 106 jours ; le dernier jour, une grève ayant duré 1 journée.

La conception graphique des affiches a été assurée par le duo Huz & Bosshard qui ont privilégié un format, une disposition du contenu, une typographie et un choix de 7 couleurs issues de l’arc-en-ciel, l’ensemble favorisant une grande lisibilité des textes depuis la rue, tout en reprenant certains codes de l’affichage dans l’espace public.

Matthieu Saladin, Le nombre du besoin, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Graphisme : Huz & Bosshard. Dominique Mathieu, Fût, 2019. Vue de l’exposition de Matthieu Saladin «Temps partiels II. Flextime » et de Dominique Mathieu « Riposte » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.
Matthieu Saladin, Le nombre du besoin, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Graphisme : Huz & Bosshard. Dominique Mathieu, Fût, 2019. Vue de l’exposition de Matthieu Saladin «Temps partiels II. Flextime » et de Dominique Mathieu « Riposte » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.

Horloge lestée

2019

Horloge murale, plombs de pêche.

L’Horloge lestée consiste en une altération du mécanisme de l’horloge présente dans la salle de formation du BBB centre d’art, à Toulouse. Le bâtiment occupé par le centre d’art a auparavant été une usine de bobines électriques, une anecdote qui renvoie à l’histoire de l’horloge en tant qu’objet cristallisant l’exploitation patronale, les luttes et revendications ouvrières ayant accompagné la genèse de l’ère industrielle, le triomphe du capitalisme et l’accélération néolibérale.
Plus concrètement, Horloge lestée est une tentative de reconstitution d’un cas authentique de manipulation de l’horloge dans une filature à lin, visant à « compresser » les 30 minutes de l’unique pause de la journée de 13 heures des ouvriers garçons et filles à peine adolescents. Ce cas est cité en 1832 dans un témoignage devant la Commission de loi sur la régulation du travail des mineurs dans les moulins et usines du Royaume-Uni, repris par l’historien anglais Edward P. Thompson dans Temps, discipline du travail et capitalisme industriel « Les employeurs recouraient à de sordides subterfuges pour écourter la pause du déjeuner et allonger la journée de travail […] ils cherchent à rogner sur tout ce qu’ils peuvent : la cloche annoncera la sortie trente secondes après l’heure, et le début du travail deux minutes avant l’heure… Si l’horloge est encore réglée comme elle l’était, l’aiguille des minutes est lestée, de sorte que dès qu’elle passe son point de gravité, elle tombe d’un coup de trois minutes, ce qui ne leur laisse plus que 27 minutes au lieu de 30. ” »

Matthieu Saladin, Horloge lestée, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition « Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.

Evaporation

2019

Lecteur audio, casque et câble audio tombant du plafond.

Enregistrement de l’évaporation de 785 grammes d’eau, soit la quantité moyenne d’eau qu’un corps perd sur une journée de travail dans un bureau, selon les statistiques d’un bilan thermique Carrier.

Durée 47 minutes et 38 secondes.

Matthieu Saladin, Évaporation, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.

L’écart toutes choses égales par ailleurs

2019

L’écart toutes choses égales par ailleurs régit l’ensemble de l’espace d’exposition du BBB centre d’art en diminuant son éclairage de 10,5 %. Ce taux correspond à l’écart de salaire relevant d’une « discrimination pure » entre les hommes et les femmes établi par une enquête de la Dares effectuée pour le Ministère du travail en 2015. Cet indice est calculé sur la base de « caractéristiques observables identiques des salariés et des postes de travail au sein des familles professionnelles ». La manipulation de l’éclairage du centre d’art reste imperceptible mais omniprésente. Elle conditionne la perception des espaces et de toute présence s’y trouvant.

Matthieu Saladin, L’écart toutes choses égales par ailleurs, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.

Une journée de travail

2019

Une journée de travail s’inscrit dans la série Partitions de travail qui réunit un ensemble de partitions pour travailleur.euse.s traitant chacune d’un point précis des rapports d’individuation à l’oeuvre dans le monde du travail. Elle prend pour point de départ un texte de Gabriel Gauny sur les variations de la perception de la durée du travail selon le désir. 
Dans le cadre de son activation au BBB centre d’art, à Toulouse, l’œuvre se présente au visiteur sous la forme d’une frise et de 12 livrets. La frise punaisée au mur recense les semaines de travail « type » des membres de l’équipe du centre d’art. Chaque punaise indique la date d’activation de la partition par la.le salarié.e :  une journée durant laquelle la personne sera amenée à effectuer toute action le plus lentement possible
L’interprétation de cette partition est retranscrite individuellement par chaque salarié.e dans un livret en amont et à l’issue de l’activation afin d’y rassembler réflexions, choix opérés, ressentis et perception du temps vécu tout au long de cette journée. Durant les jours d’ouverture de l’exposition où la pièce est activée, le visiteur peut venir observer la personne l’interprétant.

Le design graphique de la frise et des livrets a été réalisé par Huz & Bosshard

Matthieu Saladin, Une journée de travail, 2019. Graphisme : Huz & Bosshard. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.
Matthieu Saladin, Une journée de travail, 2019. Graphisme : Huz & Bosshard. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.

Les intérêts

2019

Images animées. Projection vidéo et écran de veille installé sur les ordinateurs du lieu.

Les intérêts se présente sous la forme de deux séquences vidéo composées de courbes statistiques collectées sur le site Mirador (Observatoire critique des multinationales) représentant l’évolution du taux de dividende de 64 multinationales sur une période de 30 ans. Une animation en 12 images/secondes, fréquence minimum pour que le cerveau perçoive un mouvement (effet phi), est diffusée dans l’espace d’exposition. La seconde animation est installée comme économiseur d’écran sur les ordinateurs de bureau des salarié.e.s du BBB centre d’art à Toulouse, avec cette fois des courbes qui s’enchainent dans un séquençage plus lent et contemplatif, à 12 Hz. Cette fréquence correspond à celle des ondes Alpha émises par le cerveau au repos. Après un temps d’inaction, cet écran de veille s’active et s’immisce ainsi dans le rythme de travail de l’équipe du centre d’art.

Matthieu Saladin, Les intérêts, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.
Matthieu Saladin, Les intérêts, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.

Rumeur #2 (les grèves)

2019

Rumeur #2 (les grèves) est un protocole activé sur demande, simplement mentionné sur le plan de salle de l’exposition où est présentée l’œuvre. Lorsqu’un visiteur fait la demande de son activation à une personne travaillant dans le lieu d’exposition, une phrase lui est alors chuchotée à l’oreille, une seule et unique fois. Son contenu varie de jour en jour. Pour l’exposition Flextime au BBB centre d’art, ce contenu est déterminé par la présence ou non d’un article portant le mot « grève » dans son titre, publié le jour même dans La Dépêche du Midi.

Super 45

2019

Enregistrement sonore, platine vinyle, amplification, haut-parleurs, 45 tours et pochette.

En janvier 1973, le groupe de krautrock Neu!, constitué de Klaus Dinger et Michael Rother, entre précipitamment au studio Windrose-Dumont-Time de Hambourg en Allemagne pour enregistrer un nouvel album, suite au succès inattendu de leur premier disque. Alors que l’enregistrement de la face A est pratiquement terminé, leur label, Brain Records, leur apprend qu’ils ont épuisé le budget de production et qu’ils doivent quitter les lieux. N’ayant qu’une moitié d’album à présenter, les musiciens construisent la face B en remixant à différentes vitesses les enregistrements des deux singles « Neuschnee » et « Super ». La contrainte économique conduit au pragmatisme, entendu ici à la faveur de l’expérimentation suscitée : le manque de temps amène les musiciens à produire d’autres temporalités, en recyclant les pistes déjà enregistrées. Ainsi le morceau « Super » est notamment ralenti pour une lecture à 16 tours/min et accéléré à 78 tours/min, donnant lieu à deux morceaux radicalement différents. Super 45 se présente sous la forme d’un 45 tours, où se trouvent réenregistrées les deux versions du morceau « Super » (78 tours/min et 16 tours/min) à leur vitesse initiale (45 tours/min) – expérience ne pouvant reconduire au morceau source.

Matthieu Saladin, Super 45, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.
Matthieu Saladin, Super 45, 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.

« Organiser son temps professionnel » (module de formation nocturne)

2019

« Organiser son temps professionnel » (module de formation nocturne) est une œuvre protocolaire touchant à l’activité de la plateforme ressource du BBB centre d’art, dont la spécificité est de proposer diverses formations pour artistes. La journée de formation intitulée « Organiser son temps professionnel » a été décalée de 12h : initialement prévue de 9h à 16h30, celle-ci s’est déroulée de 21h à 4h30, la nuit précédant l’ouverture de l’exposition. La mémoire de cette œuvre se présente sous forme de feuillets annotés par les participant.e.s, selon deux codes graphiques faisant respectivement état de leur perception du temps et de leur fatigue durant cette nuit de formation.

Matthieu Saladin, Organiser son temps professionnel (module de formation nocturne), 2019 (détail). Les supports (scénographie d’un mobilier de bureau), 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.
Matthieu Saladin, Organiser son temps professionnel (module de formation nocturne), 2019. Les supports (scénographie d’un mobilier de bureau), 2019. Production : BBB centre d’art, Toulouse. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.

Les supports (scénographie d’un mobilier de bureau)

2019

Dans le cadre de l’exposition « Temps partiels II. Flextime », 12 pièces ont été produites, en écho au nombre de travailleurs au sein du BBB centre d’art. Chaque oeuvre est associée à un élément de mobilier de travail, proposé par chacun.e des salarié.e.s. Durant l’exposition, ce mobilier reste fonctionnel pour celui ou celle qui l’utilise, déplacé avec son contenu, révélé aux visiteurs. Ce déplacement crée ainsi un flou entre la fonctionnalité de l’objet et sa fonction de support pour oeuvre. Ce protocole scénographique questionne les déplacements au sein même du centre d’art, en modifiant les usages, les espaces et la chorégraphie des corps au travail.


Vue des expositions de Matthieu Saladin «Temps partiels II. Flextime » et Dominique Mathieu « Riposte » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.
Matthieu Saladin, Les supports (scénographie d’un mobilier de bureau), 2019. Vue de l’exposition «Temps partiels II. Flextime » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.
Vue des expositions de Matthieu Saladin «Temps partiels II. Flextime » et Dominique Mathieu « Riposte » au BBB centre d’art, 2019. Curateur & crédit photo : Émile Ouroumov.